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Définitions et cultures LGBTI * Queer *

L’objet LGBTQI

J’ai pris pour objet d’étude l’acronyme LGBTQI qui est un terme générique désignant les Lesbiennes, les Gays, les Bisexuel-le-s et les Transidentitaires (transgenres et transsexuel-le-s). Il peut être complété par la lettre Q et I (pour Queer et Intersexes) A noter que les intersexes peuvent aussi être considéré.e.s comme des transidentitaires.

Cet objet #LGBTQI est (selon moi) pertinent à plusieurs titres car :

– Le Wikipédia francophone offre peu d’informations relatives à cette « communauté » qui transcende pourtant (et c’est rare), la classe, l’âge, la « race », le genre, le sexe, l’espace et le temps.
– Cette « communauté » est soumise à une tension constante entre le besoin de « soudage » pour porter des revendications communes (sur la scène médiatique notamment) et la nécessité de se « spécifier » au sein de ce groupe, c’est-à-dire revendiquer des problématiques propres, parfois pas ou peu entendues par tout-e-s les membres de cette même « communauté ».
– Le processus de catégorisation imposant souvent son lot d’injonction(s) normative(s) et ses offrandes identitaires, l’appartenance à cette « communauté » est parfois loin d’être une évidence pour bon nombre d’individus qui pourtant ont des pratiques sexuelles avec des personnes de même sexe mais ne se reconnaissent pas ou peu dans cette « communuauté ».

Débattre de la pertinence de l’usage de cet acronyme pour nommer une « communauté » aux contours mal établis est donc une entreprise fondamentale pour enrichir les savoirs théoriques sur ce sujet mais aussi pour en cerner les limites. En effet, vouloir spécifier chaque catégorie serait une entreprise hasardeuse et je me concentrerai donc beaucoup plus sur les problématiques liées aux homosexuel-le-s et aux homosexualités, délaissant en partie – comme c’est malheureusement trop souvent le cas – les spécificités complexes des transidentitaires.

–> Mon orientation principale : les luttes pour l’avancée des droits doit rester une oeuvre associative et citoyenne de toute « la communauté » LGBTQI mais les études universitaires (ou autres) devraient désormais, de manière systématique, autonomiser leurs champs de recherches afin de mettre en valeur les spécificités propres à chaque groupe (cela ne veut pas dire exclure toute(s) idée(s) de rapprochement(s) entre ces différents champs mais les traiter de manière différenciée au départ). L’orientation de mon exposé tentera de mettre en évidence les questionnements communs qui se recoupent entre les « membres » de cette « communauté » mais surtout les spécificités qui s’en dégagent. J’aborderai plus en détail le cas des homosexuel-le-s et des lesbiennes en particulier (notamment en ce qui concerne leur visibilité). Je m’attacherai à définir et à dresser un tableau général des catégories de l’acronyme : LGBT-QI pour ensuite repenser les constructions et déconstructions des catégories relatives à la dualité entre le masculin et le féminin et entre les homosexuel-le-s et les hétérosexuel-le-s. Enfin, je m’attacherai à développer des perspectives (sociales, politiques, politiques et dans une moindre mesure religieuses) plus contemporaines en lien avec les questions LGBTQI.


I. Définitions 

1. L’acronyme LGBTQI

L’acronyme LGBT est un terme générique qui désigne les Lesbiennes, les Gays, les Bisexuel-le-s et les Transidentitaires (Transgenres et/ou Transsexuel-le-s et/ou intersexes). Ce terme peut être complété par la lettre Q et I pour inclure les Queer et les Intersexes. Les « LGBT » ou « LGBTQI » peuvent désigner des personnes mais également des organisations, correspondre à des champs d’études universitaires, des mouvements (mouvement LGBT), ou encore des subcultures ayant pour point commun de renvoyer à une « communauté de valeurs », désignée ou auto-désignée, comme représentant des minorités socio-sexuelles.

2. La « communauté » LGBT-QI en tant qu’expérience(s) sociale(s)

Cet acronyme LGBTQI renvoie à des praxis socio-sexuelles et à des identités de genre(s) mais aussi à l’appartenance, voulue ou non, à plusieurs subcultures propres aux sexualités dites alternatives, puisque non majoritaires. Cette « culture gay » popularisée par le philosophe français Michel Foucault est fortement liée « à l’existence de bars, de boîtes, de saunas, de lieux de rencontre sexuelle » qui se sont développés « pour échapper aux régimes de la normalité sociale et sexuelle » (Didier Eribon).

Cette « communauté » s’est constituée en opposition aux injonctions normatives du schéma hétérosexuel (en termes de genres, de sexualités, mais aussi de « formes d’expérience du monde social, des manières de désirer, des styles de vie et de présentation de soi »). On peut néanmoins nuancer cette idée en signalant qu’il existe des disparités frappantes entre l’offre de lieux de sociabilité dont bénéficient les hommes gay comparativement aux lesbiennes et/ou transidentitaires. Outre cet aspect de la vie sociale homosexuelle, la « communauté LGBT-QI » a adopté le même emblème dans tous les pays du monde : Le drapeau arc-en-ciel (« rainbow flag ») créé en 1978 par l’artiste américain G. Baker qui symbolise l’unité et la fierté gaie et lesbienne. Les six bandes de couleurs renvoie chacune à un ou deux éléments: la vie (rouge), le réconfort et la santé (orange), le soleil (jaune), la nature (vert), l’art et l’harmonie (bleu), la spiritualité et l’esprit de communauté (violet).

3. La « communauté » en tant qu’entité politique 

Les individualités qui constituent la « communauté LGBT-QI » renvoient à des réalités multiples mais son identification procède toujours, viscéralement, de l’intime. Une intimité qui peut s’apparenter à des pratiques et des trajectoires individuelles uniques mais qui recense aussi des problématiques collectives, plus globales, plus politiques. Notamment, la lutte contre les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle et/ou l’identité de genre qui passe généralement par les canaux associatifs. En France, depuis 1999, c’est l’Inter-LGBT, proche du Parti Socialiste, qui fédère une soixantaine d’associations LGBT-QI. C’est elle qui organise la marche des fiertés (anciennement Gay Pride) qui a lieu tous les ans en juin pour rappeler les émeutes de Stonewall en 1969 et celle aussi qui a porté la revendication du « mariage pour tous » (c’est-à-dire ouvert aux couples de même sexe) en 2012-2013.

4. La « communauté » et le discours républicain français 

–> Les revendications politiques LGBT-QI sur la scène publique que ce soit en France ou à l’étranger, témoigne du souci de visibilité chez les minorités en général et les minorités socio-sexuelles en particulier. En effet, les enjeux de la visibilité des gays et des lesbiennes, c’est de montrer que l’homosexualité existe afin d’interrompre le processus de reproduction de l’évidence hétéro normative [Eribon]. Ce fut le cas de quelques (rares) hommes politiques français – comme l’ancien maire de Paris, Bertrand Delanoë – à la fin des années 1990, qui décidèrent de rendre publique leur homosexualité. A ce propos, on peut noter que seules trois femmes politiques françaises sont ouvertement lesbiennes: Françoise Gaspard, Corinne Bouchoux et Caroline Mécary.

–> La « communauté LGBTQI » – comme d’autres communautés (minorités ethniques notamment)- peut en effet souvent être taxée de particularisme, voire de « communautarisme ». Ce fut encore le cas lors des débats avant l’ouverture du « mariage pour tous » alors même que ses revendications « ne portaient pas sur l’obtention de droits particuliers, mais sur l’acquisition ou l’application des mêmes droits que les autres citoyens.

5. La « communauté » face à l’hétérocentrisme

La « communauté LGBTQI » en tant qu’entité symbolique détentrice de certaines valeurs doit donc faire face à ce que l’on appelle “l’hétérocentrisme » qui est « l’ensemble des représentations et des valeurs faisant de l’hétérosexualité la norme unique à suivre en matière de pratique sexuelle et de vie affective. Il peut inclure la présomption que chacun est hétérosexuel ou bien que l’attirance à l’égard de personnes de l’autre sexe est la seule norme et donc est supérieure. L’hétérocentrisme fait référence aux privilèges des personnes hétérosexuelles aux dépens des gays, lesbiennes, et bisexuel-le-s”


II. Les catégories LGBT-QI

Catégoriser une « communauté » peut s’avérer épineux dans la mesure ou, en son sein, coexistent différentes individualités avec des problématiques spécifiques, parfois même sans lien évident avec des pratiques affectives et socio-sexuelles relatives aux homosexualités (ce qui peut être le cas des bisexuel-le-s ou des transgenres male to female (MTF) ou female to male (FTM) qui deviennent parfois hétérosexuel-le-s dans leur genre d’arrivé)

1. Les Lesbiennes 

Le mot « lesbienne » peut être utilisé comme substantif pour désigner une femme qui s’auto-identifie ou est identifiée par d’autres comme étant homosexuelle, c’est-à-dire ayant des pratiques affectives et sexuelles avec des personnes de même sexe ou si, pour différentes raisons (contexte social peu propice par exemple) elle ne peut pas avoir de relations intimes avec les femmes, elle éprouve néanmoins une attirance physique et sexuelle pour ces dernières. Ce même mot peut aussi être utilisé comme adjectif, pour décrire un objet, une activité, un bien culturel relatif à l’amour entre femmes. Une auteure féministe (Monique Wittig) fut célèbre pour avoir évoqué dans un ouvrage pionnier le fait que « les lesbiennes ne sont pas des femmes », puisqu’elles rompent, de facto, avec leur condition de femme soumise à un système de domination patriarcal et hétérosexuel.

2. Les Gays 

Bien que le terme « gay » soit souvent utilisé pour désigner l’ensemble de la communauté LGBTQI, il faut souligner que ce vocable ne se réfère en réalité qu’à certains individus de cette communauté : les hommes homosexuels, c’est-à-dire ayant des pratiques affectives et sexuelles avec des personnes de même sexe ou si, pour différentes raisons (contexte social peu propice par exemple) ils ne peuvent pas avoir de relations intimes avec les hommes, ils éprouvent néanmoins une attirance physique et sexuelle pour ces derniers. Il faut noter qu’un gay peut participer au « monde gay » sans perdre sa place dans le monde hétéroxuel : il aura alors deux (ou plusieurs) identités – et deux (ou plusieurs) cultures. (C’est bien sûr le cas aussi des lesbiennes et des transidentitaires). Comme le souligne Didier Eribon la visibilité gay ne signifie pas qu’un certain nombre de personnes aient décidé de se définir par leur sexualité, mais qu’un nombre de plus en plus important d’individus gays ont cessé de dissimuler la partie « nocturne » de leur vie.

3. Les Bisexuel-le-s 

On peut définir la bisexualité comme étant le fait d’ « éprouver de l’attirance sexuelle ou amoureuse pour les deux sexes ou, plus largement, le fait d’entretenir des relations amoureuses, sentimentales ou sexuelles avec des personnes du même sexe ou du sexe opposé. La bisexualité ne représente pas nécessairement une tendance à aimer autant un sexe que l’autre, le degré d’attirance envers les deux sexes pouvant très largement varier”. De plus, comme chez les lesbiennes et les gays, l’orientation sexuelle des bisexuel-le-s ne dépend pas entièrement des pratiques : elle peut être considérée comme une disposition intérieure qui n’a pas besoin de se réaliser pour exister.

4. Les Trans-identitaires : transsexuel-le-s, transgenres et/ou intersexes

On peut regrouper celles et ceux qui se définissent comme étant des transexuel-le-s, transgenres et/ou intersexes comme des transidentitaires. Cependant, chacun-e-s de ces transidentités comportent des spécificités propres. Par exemple, les transsexuelles nées femmes mais qui se sentent hommes et qui souhaitent donc une réassignation au sexe masculin par voie hormonale et chirurgicale. Ce qui n’est pas toujours le cas des transgenres qui offrent, sans forcément passer par une opération chirurgicale, « une échappatoire aux catégories imposées du langage, qui opposait schématiquement homosexualité et hétérosexualité, masculin et féminin, et enfermait les individus dans des identités préformatées ». Il faut aussi noter que l’on parle de transidentitaires en « opposition » aux cisgenres qui désignent « une femme ou un homme dont le genre assigné à la naissance, le corps et l’identité personnelle coïncident ». En ce qui concerne les intersexes, ce sont des êtres qui disposent à la fois de caractéristiques mâles et femelles. C’est donc précisement car « les intersexués remettent en cause la taxinomie médicale classique dérivant d’une conception radicalement polarisée des deux sexes» que le milieu médical à pratiqué (et continue à le faire) des opérations de « correction » afin de ne plus troubler la classification binaire homme/femme. Il faut noter que c’est sous la pression des associations que le terme d’hermaphrodisme, considéré comme étant hérité d’un système de classification stigmatisant, fut remplacé dans les années 1990 par celui d’intersexuation.


III. Construction(s) et déconstruction(s) de catégories binaires : (homosexualité vs hétérosexualité et Masculin vs Féminin)

1. Historiciser les discours sur les homosexualités 

–> Michel Foucault nous invite à considérer que « l’histoire de la sexualité » doit se faire d’abord du
point de vue d’une histoire des discours.

a) L’invention du « personnage homosexuel » dans la littérature

Selon le philosophe et sociologue Didier Eribon, fin connaisseur de l’oeuvre et la vie de M.Foucault, ce que ce dernier considère comme étant l’invention du personnage de l’homosexuel s’est trouvée au coeur de deux de ses ouvrages mais avec des dates différentes : le XVIIème dans l’Histoire de la folie et le XIXè dans la Volonté de savoir. Dans le premier ouvrage, ce serait parce que l’ « homosexuel » aussi bien que le « fou », ont déjà été constitués […] que la psychiatrie peut apparaître et se développer au XIXème siècle alors que dans le second, il y décrit l’invention par le discours psychiatrique vers la fin du XIXeme siècle, du « personnage » de l’ « homosexuel ». Avant cette date, dit Foucault, il n’y avait que des « actes » condamnables ; après, on a accolé à ceux qui les pratiquaient une « psychologie », des sentiments, une enfance… »

Selon Didier Eribon, « ce n’est donc pas la littérature homosexuelle qui est née en réaction à la psychiatrie. C’est plutôt la psychiatrie qui a réagi à la littérature et tenté de s’emparer d’elle » insistant sur le fait que « Wilde n’a pas écrit à partir des catégories de la psychiatrie » puisque « ses sources étaient littéraires : c’était Walter Pater, c’était John Addington Symonds…C’était Huysmans ; et Baudelaire, et Verlaine, bien sûr… » ajoutant même qu’ « en 1922, Proust avait publié Sodome et Gomorrhe, portant l’homosexualité sur la place publique ». L’invention du personnage lesbien, quant à lui, pourtant porté dans l’ouvrage de Marguerite Radclyffe-Hall, dans Le puits de solitude en 1928
(sortie en France en 1932) fut interdit en Angleterre.

b) Les discours médicaux sur l’homosexualité

Selon Foucault, « il ne faut pas oublier que la catégorie psychologique, psychiatrique, médicale de l’homosexualité s’est constituée du jour ou on l’a caractérisée –le fameux article de Westphal en 1870, sur les « sensations sexuelles contraires » peut valoir comme date de naissance –moins par un type de relations sexuelles que par une certaine qualité de la sensibilité sexuelle, une certaine manière d’intervertir en soi-même le masculin et le féminin ». En effet, que ce soit par réaction à la littérature homosexuelle ou non, il n’en reste pas moins que l’homosexualité est devenue une catégorie médicopsychiatrique dans la seconde moitité du XIXème siècle. C’est pendant ce siècle que vont en effet se développer, notamment en France et en Allemagne, toute une série de travaux médicaux sur l’« inversion sexuelle » et sur ce que l’on va par la suite appeler l’ « homosexualité ».

La construction de la catégorie « homosexuelle» a donc été historiquement située au 19ème siècle et géographiquement localisée en Europe. Le terme « homosexuel » crée à partir du préfixe grec homos (« même ») et du mot latin sexus (« sexe ») est serait effectivement apparu, semble t-il, en 1869 sous la plume d’un médecin hongrois avant que les psychiatres et sexologues de la fin du 19ème et 20ème vulgarisent ce terme et son substantif « homosexualité » (G.De Larocque). Le nom d’ « homosexuelle » fit officiellement son entrée dans la langue française dans le supplément du Nouveau Larousse illustré en 1902. De plus, comme les médeçins associaient aussi le lesbianisme à une hypertrophie clitoridienne (Larousse, 1876), il faudra donc attendre les années 1970 pour que les femmes se réapproprient le mot « lesbienne », au sein des mouvements féministes. On peut aussi mentionner que la catégorie « hétérosexuelle » a également émergé à la fin du XIXème siècle et qu’au début du 20ème siècle, le désir hétérosexuel était perçu comme étant anormal s’il ne visait pas exclusivement la procréation. Un dictionnaire médical de 1901 définissant l’hétérosexualité comme étant un « appétit sexuel morbide pour le sexe opposé»

c) L’orientation sexuelle comme continuum entre homosexualité et hétérosexualité

La publication des deux rapports d’Alfred Kinsey sur la sexualité de l’homme (1948) et de la femme (1953) a représenté un tournant majeur dans l’approche de l’homosexualité qui témoigne d’une nouvelle attitude scientifique renonçant à sonder les âmes pour décrire et quantifier les pratiques. En effet, homosexualité et hétérosexualité ne sont désormais plus analysées comme deux catégories distinctes, mais « comme deux pôles d’un éventail varié de pratiques plus ou moins régulières ou continues dans la vie des individus ». Pour la première fois, on assiste donc à une remise en cause scientifique des catégories binaires homosexuel-le/hétérosexuel-le puisque l’orientation sexuelle s’inscrit dans un continuum qui va de l’homosexualité exclusive à l’hétérosexualité exclusive en passant par tous les degrés possibles »

Le seul bémol des enquêtes de Kinsey pourrait être imputé à la période de réalisation de ces dernières. En effet, elles ont eu lieu de 1938 à 1944, c’est-à-dire à un moment ou « les mobilités géographiques, le desserrement des liens familiaux, et la ségrégation spatiale des hommes et des femmes du fait de la guerre étaient propices à une augmentation des rapports sexuels non mixtes ». Il n’en reste pas moins qu’elles constituent la première approche scientifique dénuée de moralisme puisque son but est de faire un inventaire des pratiques sexuelles et non de les juger.

d) Les discours sociologiques sur l’homosexualité 

La parole scientifique autorisée sur l’homosexualité, c’est-à-dire majoritairement, celle des médecins en général et des psychiatres en particulier, fut cependant « détrônée » de son piédestal dans les années 1970, au moment ou les premières enquêtes sociologiques sur les pratiques homosexuelles firent leur apparition, en Occident, dans la lignée des premiers travaux sur la sexualité analysée en tant qu’objet de recherche dans les années 1950-1960 et affiliés à la sociologie de la déviance. Dans la mouvance de l’interactionnisme symbolique, cette sociologie de la déviance exerça un effet de banalisation sur l’homosexualité dans la mesure ou « le criminel des interactionnistes n’est pas une incarnation du mal, mais une victime de normes sociales ». Cette nouvelle vision de l’homosexualité permettra donc par la suite de la reconnaître non comme « une réalité homogène, mais comme un espace d’identification traversé de nombreuses différences en fonction des classes sociales, des appartenances et culturelles, des âges et des générations.

2. Des nuances de genres pour sortir d’une vision essentialiste du masculin et du féminin

Si l’on considère que le « genre » désigne « tout ce qui construit socialement et culturellement la différence entre les sexes », il serait donc intéressant de « questionner tout ce qui touche à l’emprise des normes en général »

a) La rupture de l’idéologie de l’ordre symbolique et de la différence des sexes : Les apports des théories féministes et de l’approche intersectionnelle

Le juriste Daniel Borrillo, a mis en évidence comment l’idéologie de la « différence des sexes » et de « l’ordre symbolique » a ainsi été, pour un temps, le « butoir indépassable » de la pensée de certain.e.s anthropologues et expert.e.s alors même que s’il y a bien un ordre symbolique, c’est qu’il peut aussi changer. Or, ces arguments, on les retrouve encore chez celles et ceux qui oeuvrent contre la reconnaissance sociale et juridique des couples de même sexe, c’est-à-dire contre l’égalité des droits, invoquant le « principe de la « différenciation des sexes » et de son « institution » par l’ordre social, qui serait au fondement même de la culture et de la civilisation ». L’idéologie de la « différence des sexes », c’est en effet mettre en avant une vision essentialiste du féminin et masculin.

La question du féminin/ masculin : C’est donc en déconstruisant les stéréotypes du masculin et du féminin pour mettre en évidence la dimension culturelle et située des normes sexuelles que les études de genre font apparaître que le lien entre sexe, genre et sexualités n’est pas commandé par une «nature» immuable, l’idée de nature ayant elle-même historiquement varié et n’étant pas universelle. En effet, si l’on pose simplement les choses, il est sûr que « ce n’est pas parce que l’on naît femme que l’on affectionne spontanément les robes et le maquillage, autrement dit que l’on est « féminine » ». Même certain-ne-s théologien-ne-s catholiques s’opposent, d’une certaine manière, à l’essentialisation des identités de genre lorsqu’ils/elles écrivent : « comme si l’on savait d’avance ce qu’est un homme ou ce qu’est une femme avant de l’être soi-même, au terme d’un long parcours ! »

Les critiques de la différence entre les sexes : Elles viennent de nombreux/euses universitaires français.e.s ou étrangèr.e.s, qu’ils/elles viennent de l’anthropologie avec Françoise Héritier, de la philosophie avec Geneviève Fraisse (voir notamment les débat préliminaires relatifs au mariage pour tous) ou de la sociologie, notamment celles et ceux spécialisé.e.s en sociologie du genre et études gaies et lesbiennes.

Adopter la perspective du Genre plutôt que du Sexe: une contrainte idéologique ?
En 2005 (soit une quinzaine d’année après sa sortie aux Etats-Unis) parait en français l’ouvrage majeur de la philosophe américaine Judith Butler, « Trouble dans le genre ». Alors qu’outre atlantique, l’étude du genre avait déjà fait son chemin depuis plusieurs années, la France souffrait et souffre toujours de ce que Didier Fassin nomme : « une contrainte idéologique » Pour lui, « si les traductions sont rares, c’est sans doute qu’elles sont chères. Mais y a plus. La contrainte idéologique n’est pas moins forte que la contrainte économique » En effet, la lenteur de la traduction de Butler, de même que la lenteur d’autres productions états-uniennes (notamment celles de l’anthropologue Gayle Rubin, auteure, entre autres, de « Traffic in Women » et « Thinking Sex ») est révélatrice de
l’intérêt tardif de la France pour ces questions. Ce qui est d’ailleurs paradoxal car ces deux auteures se revendiquent clairement des travaux issus de la French Theory.

Le genre comme outil d’analyse: Le genre doit donc être considéré pour ce qu’il est au départ, c’est à dire « un outil d’analyse employé dans diverses disciplines pour saisir la construction sociale, culturelle, langagière et scientifique des différences entre les sexes. Il permet, notamment, de mettre en évidence et d’étudier les assignations dissymétriques et hiérarchiques des rôles et des fonctions sociales entre hommes et femmes. Ce mode d’analyse vise à comprendre comment et pourquoi, en dépit de l’égalité de droit, persistent, voire se renforcent, des inégalités de fait »

Le genre comme outil d’analyse dans une perspective intersectionnelle : le genre permet donc de mettre en évidence certaines intrications notamment l’hétérosexisme, c’est-à-dire, les idéologies qui prônent la supériorité d’un genre sur l’autre (sexisme) et une orientation sexuelle sur une autre (hétérosexisme) mais aussi l’imbrication des rapports sociaux de pouvoir. En effet, une partie dominante du mouvement LGBTQI, blanche et de classe moyenne, ne s’attaque qu’à un seul type de rapports sociaux (de sexe) alors qu’il faut aussi poursuivre « l’analyse de la manière dont l’hétérosexualité comme idéologie et comme institution sociale, construit et naturalise non seulement la différence des sexes, mais aussi la différence de « race » et de classe ».

Le genre comme outil d’analyse pour penser les rôles sexuels: Dans les relations sexuelles entre personnes de même sexe, notamment les relations entre hommes, le rôle « passif », réel ou supposé, est toujours considéré comme dégradant. C’est pourquoi dans certaines cultures, ces relations ne peuvent pas être pensées comme « homosexuelles », ce n’est alors pas le sexe du partenaire qui définit l’identité mais le rôle sexuel – et plus généralement le « genre » affiché – l’actif n’étant donc pas un homosexuel mais un homme48. Cette catégorie d’analyse permet donc aussi de penser la hiérarchisation et la domination du masculin sur le féminin

b) S’auto-nommer pour être autonomisé.e de la violence des mots sur les corps : Vers une prolifération des genres

L’invention d’un antagonisme hormonal ? La thèse avancée par la professeure de biologie Anne Fausto-Sterling (notamment dans « The Five Sexes: Why male and female are not enough » en 1993 puis dans « The Five Sexes, Revisited » en 2000 mais aussi dans « Corps en tous genres : La dualité des sexes à l’épreuve de la science » trad. en 2012) met en évidence le fait que ce sont les scientifiques qui sont à l’origine de la définition de ce « dualisme génital » qui n’existe pas forcément. Ce qui revient à dire « que les sexes, pas plus que les genres, ne sont ancrés dans la nature et que le sexe est autant fabriqué que le genre » (Bourcier).

Pour certain.e.s, il y a donc deux sexes et deux genres alignés (le genre masculin correspond au sexe masculin et le genre féminin correspond au sexe féminin). Pour d’autres, le cadre binaire de la différence sexuelle existe mais il y a différent genres possibles. Pour d’autres encore, il y a plus de deux genres et plus de deux sexes. Tous, en tous les cas « mettent à mal le système sexe/genre binaire, qui repose sur la différence sexuelle, ainsi que les conceptions du genre, qui font du sexe sa butée biologique ». (Bourcier).

–> Pour une réappropriation discursive de la diversité des pratiques, il faut être gouverné.e par et pour soi, car s’auto-nommer, c’est être auto-nomisé.e de la violence du langage sur les pratiques et sur les corps. Dans cette optique, voici donc les définitions et/ou auto-définitions recueillies par la sociologue et militante Marie-Hélène Bourcier. On pourra noter à leur égard la prégnance de l’anglicisme, ce qui ne manquera pas d’en déranger certain.e.s. Ces (auto)nominations ont toutefois le mérite d’exister et donc d’être mentionnées.


LES NUANCES DE GENRES RÉPERTORIÉES PAR MARIE-HELENE BOURCIER

Agender: personne qui s’identifie comme étant sans genre ou non génré.e.
Androgyne, Androgynous: personne qui revendique une identité de genre entre le masculin et le féminin ou comme étant ni homme ni femme.
Bigender: personne qui revendique deux identités genres ou plus (trigender).
Cis/Cisgender: personnes qui vivent une identité de genre alignée avec le sexe assigné à la naissance. Coïncide en grande partie avec les identités de genres hétéro-normatives. Source de privilèges par rapport aux autres identités de genres minoritaires ou perçues comme anormales. Opposé à Transsexuel pour Cis et à Transgenre pour Cisgenre.
Cis Male/ Cis Man/Cisgender Male/ Cisgender Man: homme avec une identité de genre masculine.
Cis Female/Cis Woman/Cisgender Female/Cisgender Woman: femme avec une identité de genre féminine.
Female to Male: personne trans dans le sens fille vers garçon, femme vers homme mais qui marque une progression sur un continuum entre féminin et masculin et non nécessairement la bascule dans «l’autre» genre ou le genre «opposé».
FTM: abréviation pour Female to Male qui présente l’avantage de ne pas repréciser les deux genres «masculin» et «féminin».
Genderfluid: avoir une identité de genre fluide ou plurielle et qui transgresse la frontière entre masculin et féminin.
Gender Nonconforming: personnes qui refusent de se conformer au genre assigné à la naissance et au système sexe/genre normatifs imposé par l’environnement social et culturel.
Gender Questioning: s’identifier comme en phase d’interrogation ou d’indécidabilité par rapport à son genre et aux genres.
Gender Variant: désigne des variations d’expressions de genre qui peuvent être synonymes de synonyme de «Gender Non Conforming» mais non nécessairement.
Genderqueer: identités de genre qui se situent en dehors du –et en réaction au– binarisme homme/femme hétérosexuel et aux stéréotypes de genre ou personnes qui cumulent plusieurs identités de genres. Terme qui regroupe toutes les identités de genre volontairement dissidentes en relation ou non avec une volatilité en matière d’orientation sexuelle. Les genderqueer peuvent s’identifier comme transgenres.
Intersex: personnes dont le sexe ne peut être assigné en fonction des critères de détermination homme/femme médicaux (chromosomes, apparence du tissu génital, appareil génital et reproducteur). Identité choisie et/ou militante pour les personnes qui refusent les assignations de sexe précoces (hormonothérapie et chirurgie) sur les enfants intersexes.
Male to Female: personne trans dans le sens garçon vers fille, homme vers femme.
MTF: abréviation pour Male to Female qui présente l’avantage de ne pas préciser les deux genres.
Neither: personne qui ne s’identifie ni comme homme ni comme femme.
Neutrois: personne qui s’identifie comme étant sans genre ou non génré.é. Voir Agender.
Non-binary: personne qui refuse les identifications de genre qui se conforment au schéma binaire où sexe et genre doivent être alignés: homme/femme («sexe») // masculin/féminin (genres).
Other: personne dont la ou les identités de genre se situent en dehors du système sexe/genre binaire ou en tant que 3e ou tout autre genre.
O: case alternative à H/F sur les documents administratifs.
Pangender: personnes qui refusent le binarisme des genres (homme/femme hétéronormatif et correspondant à la différence sexuelle) parce qu’ils s’identifient à ou pratiquent tous ou plusieurs genres. Proche de genderqueer.
Trans: terme générique qui regroupe les personnes trans (transexuel.les et transgenres) et les personnes qui s’identifient comme trans en tant que tels.
Trans*: terme chapeau qui permet de regrouper les personnes trans dans leur diversité et de ne pas opposer transsexuels.les et transgenres comme l’indique l’astérisque quelque fois remplacée par une apostrophe. Proche de «Trans»
Trans* Female: personne de sexe non féminin qui revendique à la fois une identité trans et une identité de genre féminine.
Trans* Male: personne de sexe non masculin qui revendique à la fois une identité trans et une identité de genre masculine.
Trans* Man: personne de sexe non masculin qui revendique à la fois une identité trans et une identité d’homme.
Trans* Person: personne qui revendique à la fois une identité trans et une identité de genre en dissonance avec le sexe assigné à la naissance.
Trans* Woman: personne de sexe non féminin qui revendique à la fois une identité trans et une identité de femme.
Transgender: terme qui regroupe les personnes qui ne souhaitent pas s’identifier comme transsexuels/les en raison de la connotation médicale et pathologisante du terme ou qui revendiquent d’autres identités de genres liées ou non à la construction de sexes alternatifs.
Trans Female: personne trans féminine ou identifiée femme.
Trans Male: personne trans masculine ou identifiée masculine.
Trans Man: personne transsexuelle ou transgenre qui a été assignée femme à la naissance mais qui s’identifie comme homme.
Trans Person: personne trans au sens générique ou personne trans qui revendique son identité de trans tout autant que son identité de genre.
Trans Woman: personne transsexuelle ou transgenre qui a été assignée homme à la naissance mais qui s’identifie comme femme.
Transgender Female: qui a une identité de genre féminine mais qui à la différence des personnes transsexuelles n’a pas forcément recours à la chirurgie ou à l’hormonothérapie pour aligner son sexe et son genre ou qui fait appel à l’une ou à l’autre.
Transgender Male: qui a une identité de genre masculine mais qui, à la différence des personnes transsexuelles, n’a pas recours à la chirurgie ou à l’hormonothérapie pour aligner son sexe et son genre ou qui fait appel à l’une ou à l’autre.
Transgender Man: personne qui s’identifie comme homme trans mais non transsexuel.
Transgender Person: personne qui s’identifie comme transgenre; plus large que transsexuel ou transgenre et en déconnexion avec son sexe assigné à la naissance ou avec son sexe «biologique».
Transgender Woman: personne qui s’identifie comme homme trans mais non transexuelle.
Transsexual: personne qui s’identifie comme transsexuel selon la définition médicale et a généralement recours à l’hormonothérapie et à la chirurgie pour faire coïncider, sexe, genre et présentation de soi.
Transsexual Female, Transsexual Woman: femme transsexuelle.
Transsexual Person: personne transsexuelle.
Two-spirit: terme générique qui désigne des hommes qui pratiquent une identité de genre féminine et des femmes qui pratiquent une identité de genre masculine chez lesNative Americans.


IV. Les questions juridiques, politiques, sociales et religieuses LGBT

1. Les questions juridiques 

a) Pénalisations et discriminations des corps sociaux LGBT-QI

L’acceptation et la tolérance envers les homosexualités diffèrent d’un pays à l’autre. Que ce soit au niveau législatif ou dans l’environnement social du pays. La protection juridique ne suffit souvent pas à protéger ce groupe social spécifique que sont les homosexuel-le-s et/ou bi-sexuel-le-s et/ou transidentitaires. Certains pays n’ont pas de lois spécifiques visant à criminaliser les homosexualités, d’autres protègent les homosexuel-le-s mais ces derniers connaissent toujours de multiples formes de discriminations et/ou de violences (psychologiques, physiques, etc.). De plus, il faut souligner le fait qu’il existe très souvent une différenciation entre les lois incriminant l’homosexualité selon quelle soit féminine ou masculine, la seconde étant toujours plus coercitive. Cette différenciation est aussi une
manière de remettre les femmes et leur sexualité à leur « place ». Invisible, donc prétendument inexistante.

Pénalisations juridiques : Les homosexualités face aux idéologies

Face au Stalinisme : Dès 1933, le stalinisme assimile la sexualité à la seule reproduction, l’homosexualité est passible de 3 à 5 ans de prison. (répression pendant toute la période soviétique : arrestations, déportations, goulag, internements psychiatriques, etc.)

Face au communisme chinois : Durant la révolution culturelle surtout, le sort réservé aux homosexuel-le-s était le plus souvent la prison, le goulag et/ou le camp de rééducation 

Face aux fascismes : En Italie, hostilité violente envers les homosexuel-le-s à partir de 1938 lorsque les liens avec l’Allemagne nazie se renforcèrent. En Espagne, sous Franco, les homosexuel-le-s sont considéré.e.s comme des malades que seul un traitement peut guérir.

Face au nazisme: Durant la seconde guerre mondiale entre 5000 et 15 000 homosexuel-le-s furent déporté.e.s en vertu du paragraphe 175 du Code pénal allemand qui punissait les « obscénités contre nature » entre hommes. Nombreux sont ceux qui trouvèrent la mort dans les camps de concentration. L’homosexualité étant considérée par Hitler comme un « crime contre la race », qu’il fallait guérir à coup d’expérimentations médicales, lobotomie incluse.
Sur ce point, il faut souligner que d’un point de vue strictement légal, « aucun article de loi ne condamnait les relations sexuelles ou amoureuses entre femmes et aucune d’entre elles n’a porté de triangle rose dans les camps de concentration nazis. Toutefois, une sorte d’accommodement raisonnable a pu être trouvée au sein du mouvement gay et lesbien et l’on considère désormais que les sous-cultures gays et lesbiennes ont été détruites par les Nazis et
que même si l’immense majorité des victimes sont des hommes, quelques femmes lesbiennes ont été arrêtées et internées en camps (en tant que résistantes, politiques ou juives) » 

En France : un « délit d’homosexualité » est introduit dans le code pénal par le maréchal Pétain en 1942 ». La (dé)pénalisation après la seconde guerre mondiale : Le 4 août 1982, sur proposition du ministre de la Justice de l’époque, Robert Badinter, l’Assemblée Nationale vote la dépénalisation de l’homosexualité même si dans les faits, elle n’était plus condamnée, une discrimination subsistait encore : la majorité sexuelle était fixée à 18 ans, contre 15 ans pour les hétérosexuels. Avec l’abrogation de l’article 332-1 du code pénal, elle passe à 15 ans pour tous. De plus, l’homosexualité sera retirée de la liste des maladies mentales de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) en 199156. A partir de là, « Tout pays qui tente d’instaurer un suivi médical pour homosexualité est condamnable sur le plan international » (Convention européenne des droits de l’homme)

Une pénalisation qui reste d’actualité dans le monde : Le rapport de l’International Lesbian Gay Bisexual Trans and Intersex Association (ILGA) 201357 mentionne que les actes homosexuels sont légaux dans 114 pays. Ce qui signifie que le reste des pays reconnus par l’ONU considère encore les actes homosexuels comme illégaux donc punissables de peine d’emprisonnement, voir dans certains pays, de la peine de mort.

Pénalisation des sexualités alternatives et lien post-colonial : Il est intéressant de constater le silence qui pèse sur l’héritage juridique des anciennes colonies africaines, notamment en matière de « police des moeurs », et plus particulièrement à celles relatives au traitement pénal de l’homosexualité. En effet, de nombreux pays d’Afrique criminalisent ou rendent délictuelles, encore aujourd’hui, des praxis socio-sexuelles considérées comme contraires à l’ordre moral. Un ordre malléable et divergent, toujours historiquement situé, géographiquement localisé et culturellement changeant.

C’est d’ailleurs pourquoi, on peut souligner le parallèle entre les langues des ex-colonisateurs et celles des codes des pays qui inscrivent l’homosexualité au rang des sexualités prohibées. Les pays africains lusophones s’inspirant des articles 70 et 71 du Code pénal portugais du 16 septembre 1886, les anglophones d’une ancienne loi britannique datant de 1867 et les régions francophones, du Code napoléon. Or, nous l’avons vu, le 19ème siècle fut aussi le moment ou la médecine psychiatrique détenait une sorte d’hégémonie discursive pour « disséquer » les pratiques homosexuelles et les éventuelles propriétés spécifiques de ses agents. Le processus de pathologisation latent dont était victime les personnes homosexuelles ou considérées comme telles s’inscrivait donc aussi dans les lois. Des lois toujours présentes dans certains pays africains qui portent donc encore le sceau normatif des discours médicaux européens du 19ème siècle. Il y a donc un paradoxe entre cet héritage, pourtant colonial et la défense de celui-ci « dans le but de maintenir l’Afrique à l’abri de l’influence jugée néfaste de l’Occident en la matière »(Broqua).
Par conséquent, il s’avère donc, sur le plan juridique, que la codification d’un « sentiment anti-homosexualité » fut l’oeuvre d’un étiquetage moral extra-africain. Autrement dit, c’est l’homophobie plus que l’homosexualité qui fut « importée » en Afrique par les colonisateurs.

Discriminations juridiques #LGBTQI 

Homophobie d’Etat et transphobie d’Etat : Les institutions telles que le mariage et la famille peuvent instituées des inégalités entre les sexualités. Ce qui se révèle être une homophobie d’état à l’égard des couples de même sexe. Une homophobie d’ailleurs révélée en 2005, à Rueil-Malmaison, lorsque la justice s’opposa au mariage de deux personnes de sexe opposé, l’une transsexuelle, l’autre transgenre, qui se déclaraient toutes deux femmes

Homosexualités et logements: La Cour de cassation affirmait en ces termes en décembre 1997 que « le concubinage ne peut résulter que d’une relation stable et continue ayant l’apparence du mariage, donc entre un homme et une femme ». Une façon explicite d’exclure tous les autres couples non hétéroseuxels vivant en concubinage.

Les sexualités, les identités de genre alternatives et le suicide : Plusieurs études sur la santé mentale et le suicide mettent en évidence la prévalence plus forte des tentatives de suicide chez les hommes et femmes homo-bisexuel-le-s (ou transcendant les identités de genre) par rapport à la population hétérosexuelle

Hétéronormativité et milieu(x) professionnel(s) : l’homophobie au travail
En France, selon l’association SOS Homophobie, les discriminations et le harcèlement dans le monde professionnel sont parmi les premiers motifs d’appel. En effet, il peut y avoir des « effets de marginalisation et d’exclusion des lesbiennes et des gays : humour, stéréotypes et préjugés, étiquetage et rumeur, mise à l’écart, entrave aux fonctions professionnelles, discriminations, harcèlement, à caractère sexuel ou non, et violence »

Le parcours du combattant des transidentitaires : En France, aucun cadre législatif n’a encore été clairement posé afin d’entourer les droits des personnes transidentitaires, c’est-à-dire dont l’identité de genre n’est pas en adéquation avec leurs attributs sexuels de naissance. Reléguée au titre d’affection de longue durée (ALD), la « transidentité » est toujours considérée comme une altération psychiatrique. Ces personnes suivent un « parcours de transition », qui s’étend sur plusieurs années, qui sur le plan médical et juridique (procédure de changement d’état civil – de cinq mois à deux ans- quand la justice le leur accorde) peut rendre ces parcours de vie très éprouvants.

Discrimination et dons du sang : Alors qu’en France, l’interdiction faite aux homosexuels et bisexuels masculins à donner leur sang est toujours d’actualité, et ce depuis 1983, l’Afrique du Sud vient d’ouvrir le don du sang à tous les homosexuels. Jusqu’à lors, seuls les homosexuels célibataires depuis plus de 6 mois avaient le droit de donner leur sang.

b) Vers une reconnaissance légale des discriminations liées aux orientations sexuelles et / ou d’identité de genre

Pour reconnaître légalement les discriminations liées aux orientations sexuelles et/ou d’identité de genre, il fallait poser un concept. C’est celui d’homophobie qui s’est peu à peu imposé, suivi par ceux de lesbophobie et de transphobie.

L’Homophobie : retour(s) sur le concept : Ce terme désigne le rejet des homosexuel-le-s et/ou bisexuel-le-s et des homosexualités. Il est semble t-il né en 1971 aux Etats-Unis, sous la plume de K. T. Smith, mais n’apparaîtra dans un dictionnaire de langue française qu’en 199865. Il peut désigner deux aspects d’une même réalité66 :
 « une dimension personnelle de nature affective se manifestant par un rejet des homosexuels »
 « une dimension culturelle, de nature cognitive, dans laquelle ce n’est pas l’homosexuel-le en tant qu’individu qui fait l’objet du rejet mais l’homosexualité comme phénomène psychologique et social ».

On peut également souligner que l’homophobie étant inséparable des normes de masculinité et de féminité, elle peut aussi désigner la présence de traits féminins chez les hommes et masculins chez les femmes et par conséquent, se rapprocher de la transphobie et de la stigmatisation des déviances de genre. Par conséquent, elle peut donc aussi toucher les hétérosexuel-le-s puisque c’est un jugement de l’apparence. Enfin, il est nécessaire de distinguer la gayphobie, la transphobie et la lesbophobie (nous ne traiterons que le dernier cas)

Lesbophobie : « Les analyses de l’homophobie adoptent souvent essentiellement le point de vue des hommes gais, négligeant les mécanismes d’exclusion des lesbiennes, en tant que femmes et en tant que lesbiennes ». Deux pistes d’interprétation ont donc été pensées par certain.e.s chercheur.e.s pour expliquer la lesbophobie :
– La punition de l’indisponibilité sexuelle vis-à-vis des hommes (Gail Pheterson)
– L’hypersexualité : la lesbienne représentant aux yeux des hommes une des figures de la féminité impure, aux côtés des prostituées (Brooten), des féministes et des femmes sexuellement agressives (Wieringa)

Reconnaissance au niveau national: On peut noter que « depuis 2003 et 2004, la loi française punit plus sévèrement les agressions et les insultes lorsqu’elles sont motivées par l’homophobie. Depuis 2012 lorsqu’elles sont motivées par la transphobie. Elles sont tout aussi répréhensibles pénalement que les comportements racistes ou antisémites ».

Reconnaissance au niveau européen : « En mars 2010, le Comité des Ministres du Conseil de l’Europe a adopté une recommandation sur des mesures visant à combattre la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. A travers cette recommandation, les Etats membres du Conseil de l’Europe se sont engagés à faire progresser la situation des personnes LGBT en Europe ».

Reconnaissance à l’étranger, le cas du Bangladesh : En 2013, le Bangladesh, pourtant majoritairement musulman et conservateur, a reconnu l’existence d’un troisième genre. Cette reconnaissance juridique destinée à faciliter la vie des hijas, s’est aussi transformée en fierté publique symbolisée par la première marche des transgenres au Bangladesh (en 2014) qui comptait un millier de personnes dans la capitale.

2. Les questions politiques : les luttes militantes en question

a) Les débuts de la libération de la parole LGBT-QI

Retour historique aux Etats-Unis : Il est souvent fait référence à la révolte au Stonewall Inn bar (le 28 juin 1969), des homosexuels, transsexuels, travestis contre une énième descente de police, pour marquer les débuts de la libération de la parole LGBT-QI. En effet, ce fut un moment important puisqu’un an plus tard, on assistait à la première gay pride aux Etats-Unis. Néanmoins, grâce à l’ouvrage de l’historien Dave Carter, « Stonewall, The riots that sparked the gay revolution » nous savons désormais que le raid de la police du 28 juin n’était pas une opération de harcèlement anti-gay mais l’arrestation du patron du bar, Ed Murphy, impliqué dans la mafia et une affaire de chantage.

Retour historique en France : En 1971, un évènement marquant : l’interruption de l’émission radio de Ménie Grégoire par le Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR) crée par des lesbiennes du MLF et des activistes gays (de la revue Arcadie). Fondation la même année des Gouines rouges. Néanmoins, le FHAR et les Gouines rouges étaient amenés à disparaître en 1973 pour l’un et en 1974 pour l’autre. De plus, la première marche homosexuelle à Paris ne verra le jour qu’en 1977.

b) Homosexualités et Sida

La thématique de l’homosexualité et du Sida ayant déjà été largement traité, je ne mentionnerai que certains passages du livre de Didier Eribon – Réflexions sur la question gay – sur les liens intéressants entre la ville, la famille, les homosexuels et le Sida.
–> « La ville aura été aussi le lieu de la maladie » // « On parlait dans les journaux, d’un « cancer gay » // « Les acteurs de la lutte contre le sida ont été, au départ, avec quelques anciens militants des années 70, des gays issus de la subculture urbaine. » // « La honte d’être homosexuel était renforcée par la honte d’être malade et malade d’une maladie qui renforçait la honte d’être homosexuel » // Des « familles dont certaines sont allées jusqu’à refuser au compagnon l’accès à la chambre d’hôpital, à l’écarter du faire-part de décès, à le chasser de l’appartement qu’il occupait depuis des années avec la personne disparue, à le priver de tout droit sur les biens de celui qu’il avait aimé » // « Avec le sida, il est donc devenu de plus en plus évident que le rapport d’extériorité que les gays entretiennent avec la famille, et surtout avec l’ordre familial, entraînait de nombreuses conséquences juridiques qui débouchaient notamment sur la spoliation et sur la discrimination systématiques // « la ville est donc également devenue le terrain de la bataille pour ces droits, comme elle avait été, à plusieurs reprises déjà au cours du XXe siècle, le lieu de naissance et d’épanouissement des mouvements homosexuels » // « l’idée de la ville a toujours été associée aux menaces de la décadence (opposé à la santé) et du mélange (opposé à la pureté –de la race) » 

c) Le souci de visibilité chez les LGBT-QI 

Renverser le stigmate de la honte en fierté : telle est l’invitation subversive de la « communauté » LGBT-QI faîte à ses propres membres. Le stigmate (voir Erving Goffman) « est un attribut qui discrédite à priori son possesseur et entraîne des sanctions sociales : infériorisation symbolique, exclusions diverses, voire violences physiques ». Collectivement, ce renversement du stigmate est revendiqué chaque année grâce à la marche des fiertés mais individuellement, les homosexuel-le-s doivent tou-te-s un jour dans leur vie, connaître ce que l’on nomme encore le « coming out ».

Du passing au « coming out »: Comme c’est souvent le cas lorsque l’on aborde des réalités ou des identifications liées aux homosexualités, le vocable anglo-saxon reste très souvent de mise. Quelques exemples parmi d’autres : « drag-queens », « backrooms », « gay », « queer » ainsi que toutes les nuances de genres que nous avons pu mettre en avant précédemment. Il n’est donc pas facile d’« acclimater un vocabulaire « culturel » autant que « politique ». Comme le souligne Didier Fassin dans son ouvrage l’inversion de la question homosexuelle (2008), Out « est la métaphore qui définit par excellence la mobilisation homosexuelle depuis ses débuts ». On assiste en effet à une « opposition entre « oppression » et « libération », le « dedans » d’un désir intime, secret voire clandestin, en tout
cas privé, et le « dehors » d’une sexualité publique, affichée et revendiquée ».

Il existe aussi une autre forme de « coming out » non voulu, c’est celui du « Outing » : En substance, il s’agit de sortir « du placard, contre leur gré, des homosexuel-le-s –tout particulièrement celles et ceux qui se font les complices de l’homophobie pour mieux protéger leur secret, par exemple en France, dans les manifestations anti-PaCS »77 ou anti-mariage pour tous. Le récent « outing » (en décembre 2014) par la presse de Florian Philippot, vice-président du Front National, en est un exemple révélateur.

Le Coming Out : Ce « projet de toute une vie » comme le nomme Didier Eribon est un autre modèle de présentation de soi, contraire au passing (se faire passer pour). Le passing, c’est le modèle du placard, souvent dénoncé par les militant.e.s homosexuel.le.s comme étant le symbole de la « honte » et de la soumission à l’oppression. Eve Kosofsky Sedgwick l’appelle un « secret public » (« open secret »), ou encore un « placard transparent » (« glass closet »). De plus, il faut rappeler les apports de Georges Chauncey (1994) sur le sujet qui a montré comment, dans les années 1930, aux Etats-Unis, l’expression « to come out » ne désignait pas le fait de révéler son homosexualité à un entourage hétérosexuel, mais l’acte fondateur de l’entrée dans une subculture parallèle. « Il s’agissait de se révéler aux autres hommes homosexuels [et cela] s’apparentait à une forme de rite
d’initiation. C’est seulement dans la seconde moitié du XXè siècle que le terme finit par recouvrir le sens qu’on lui donne communément aujourd’hui »

Le paradoxe du coming out : Lorsque l’on aborde la question de la visibilité LGBT-QI, on tombe souvent sur un paradoxe : si un.e homosexuel-le décide de se dire, il/ elle peut s’exposer à des commentaires, on dira de lui/ d’elle que c’est par provocation qu’il/elle le fait ou qu’il/elle s’affiche trop, alors que celui ou celle qui ne dit pas son homosexualité se place dans une situation inconfortable, dépendante. [Eribon]. En effet, « ce qui caractérise l’homosexuel-le, c’est qu’il/elle sera toujours confronté à la décision de dire ce qu’il/elle est, tandis qu’un.e hétérosexuel-le n’a pas besoin de le faire puisque l’on présuppose que tout le monde l’est » (Eribon)
Il existe cependant, historiquement, des différences notables entre la visibilité masculine et féminine homosexuelle. En effet, avant le 20ème siècle et les ouvrages de Renée Vivien (Etudes et Préludes en 1901), Violette Leduc (Ravages en 1954), Colette et surtout Simone de Beauvoir et la publication du Deuxième Sexe en 1949, parler des lesbiennes en général et de leurs sexualités en particulier, fut l’apanage des hommes. C’est ce que souligne d’ailleurs la romancière Anne F. Gerréta : « la figure littéraire de la lesbienne, la représentation des pratiques érotiques des femmes entre elles, sont des constructions masculines »80. Ce qui n’est pas le cas des homosexualités masculines qui trouvèrent
leurs hérauts chez la gente masculine, au travers notamment des oeuvres d’Oscar Wilde.

La visibilité et médiatisation des LGBT-QI

La visibilité LGBT-QI par le sport : Les « jeux sportifs LGBT ou « Gay Games » sont nés en 1982 à San Francisco sous l’impulsion de Tom Waddell, décathlonien américain ayant participé aux Jeux olympiques de 1968. En inventant les « Jeux olympiques gays », il préconise d’utiliser le sport à des fins éducatives. D’emblée, les Gay Games sont posés comme un outil du changement social . La médiatisation des transidentitaires : Elle commence à être de mise, notamment via la nomination aux Emmy Award (en 2014) de Laverne Cox qui joue dans la série Orange is the New Black. En 2013 déjà, deux transgenres américaines (Steven Sanchez et Cassidy Lynn Campbell) s’étaient faite
remarquer lorsqu’elles furent élues « reines » de leur université

Visibilité médiatique en France : La seule journaliste télé qui soit ouvertement lesbienne reste la présentatrice du journal d’Arte Marie Labory qui a fait ses armes sur Pink Tv auprès de Christophe Beaugrand. D’autres journalistes le sont également : Alice Coffin pour la presse écrite (20 minutes) et d’autres qui travaillent dans les médias spécialisés LGBT-QI, Marie Kirschen et Judith Silberfield entre autres. Une chanteuse, chroniqueuse et humoriste Océane Rose Marie s’est faîte aussi remarquer en 2013-2014 pour son spectacle intitulé « La lesbienne invisible ».

Quelques figures de la visibilité lesbienne et/ou transgenres et/ou bisexuel-le-s : L’auteure et réalisatrice Virginie Despentes, la/le philosophe Béatrice Préciado, la présentatrice télé et comédienne américaine Ellen de Generes, les actrices américaines Michelle Rodriguez, Jodie Foster, Angélina Jolie, Alexandra Hedison et l’actrice canadienne Ellen Page. Les sportives ouvertement lesbiennes sont, elles-aussi, encore rares. Parmi elles, les joueuses de tennis : Martina Navratilova, Amélie Mauresmo, Billie Jean King, les footballeuses Megan Rapinoe, Marinette Pichon et la skieuse Anja Pärson.

Association de journalistes LGBT : En ce qui concerne le traitement médiatique des questions LGBT-QI, une association des journalistes LGBT (http://ajlgbt.info) a vu le jour en 2013 à l’occasion des débats pour le mariage pour tous. Elle regroupe des journalistes issu-e-s de différents médias (presse écrite, web, télé, agence, etc.) et a pour but de contribuer à l’amélioration du traitement par les médias des questions LGBT. Aux Etats-Unis, une association similaire existe depuis 1990, la National Lesbian and Gay Journalists Association (NLGJA), de même qu’en Allemagne (BLSJ) et dans plusieurs autres pays.

Vers la création d’un réseau militant LGBT francophone: L’association Solidarité Internationale LGBT voudrait créer un futur réseau francophone LGBT. Le Conseil national des Barreaux a accueilli lors de la journée des droits humains le 10 décembre 2014, deux rencontres avec des militant.e.s LGBT, des avocat.e.s et des diplomates pour partager leurs expériences de terrain et leurs observations. C’est donc une affaire à suivre…

Média spécialisé sur les questions LGBT-QI : Yagg 

Revues spécialisées : En plus de Têtu, la France compte désormais deux autres revues spécialisées sur ces questions : la revue lesbienne Well Well Well et la revue LGBT-QI Miroirs/Miroirs

Séries lesbiennes : Outre les séries The L Word (puis The real L Word) qui furent les premières à mettre en avant exclusivement des lesbiennes, certaines séries emboitèrent le pas, que ce soit la série britannique Lip Service, diffusée entre 2010 et 2012, ou encore la série Hit & Miss dans laquelle l’actrice américaine Chloë Sevigny campe une tueuse à gages transsexuelle. Plus récemment la série américaine Orange is the New Black (2013) relate le quotidien d’une prison pour femmes et les histoires sexuelles et/ou amoureuses entre elles. La série The Fosters met pour la première fois en scène, dans les rôles principaux, un couple de femmes et leurs enfants. On peut encore noter la présence de plusieurs personnages lesbiens dans les séries : Sugar Rush, Pretty Little Liars, Lost Girl, Unité 9, Tipping the Velvet, Mistresses, Exes & Ohs, Skins, True Blood, Fingersmith, Buffy contre les vampires, Black Sails, Rani, Urgences, Hospital Central, Hand Aufs Herz.

Séries lesbiennes sur le web: A noter aussi, quelques web séries avec des lesbiennes et/ou trans dans les rôles principaux : Féminin/féminin (Québec) et Starting From Now (Autralie), Her story (Etats-Unis), la théorie du Y (Belgique).

Documentaires généraux : Deux documentaires récents abordent des problématiques et/ou des violences propres aux LGB : les Invisibles de Sébastien Lifshitz (2012) et Homo, la Haine d’Éric Guéret (2014). Les questions relatives aux transgenres et intersexes ne sont toutefois pas abordées.

3. Les questions sociales ou sociétales

a) Les violences exercées sur les corps sociaux LGBT-QI

Le cas des violences homophobes/lesbophobes/transphobes se concentrent généralement sur 3 aspects:
– Punir l’homosexualité « affichée » (celle qui cherche à bénéficier du même niveau de visibilité et de banalisation que l’hétérosexualité)
– Punir la déviance de genre (une autre manière de rendre visible une orientation sexuelle minoritaire).
– Réprimer le couple de même sexe (qui menacerait les privilèges de l’hétérosexualité)

Les injures et les minorités socio-sexuelles : L’injure peut être considérée comme une composante de l’homophobie et/ou de la lesbophobie dont on déjà traité en détail plus haut. C’est surtout Didier Eribon qui a théorisé le phénomène de l’injure et ses effets sur les individus LGBT-QI. Pour lui, « la puissance de l’injure […] vient du fait qu’elle est soutenue par tout l’ordre social –ici, par tout l’ordre sexuel- et qu’elle a pour fonction et pour effet d’assigner des places dans une structure hiérarchiquement organisée » puisque « Sale pédé », « sale gouine », ne sont pas de simples mots lancé au passage. Ce sont des agressions verbales qui marquent la conscience. ». En ce sens, « l’insulte est un verdict. C’est une sentence quasi définitive, une condamnation à perpétuité, et avec laquelle il va falloir vivre. » Il existe donc « un type particulier de violence sociale qui s’exerce sur ceux qui aiment le même sexe qu’eux ou, plus généralement, qui contreviennent aux normes du genre et de la sexualité »

L’injure comme continuum linguistique : « L’injure n’est que la forme ultime d’un continuum linguistique qui englobe aussi bien le mot d’insulte directe que le ragot, l’allusion, l’insinuation, le propos malveillant, la rumeur ou encore que la plaisanterie plus ou moins explicite, plus ou moins venimeuse. Elle peut se lire ou s’entendre tout simplement dans un regard amusé ou haineux, dans une inflexion de la voix. Toutes ces formes atténuées ou détournées de l’injure constituent évidemment l’horizon linguistique – et social – de l’hostilité dans laquelle doivent vivre gays, lesbiennes, transgenres… ». De plus, on peut ajouter que ce continuum est inscrit dès l’enfance chez les
individus LGBT-QI.

Les violences genrées faîtes aux corps féminins et homosexuels : Le cas des « viols correctifs » des lesbiennes sud-africaines reviennent malheureusement trop souvent dans les médias (du moins spécialisés). En effet, elles subissent ces agressions sexuelles –par un ou plusieurs individus- pour « curer » leur homosexualité alors même que l’Afrique du Sud est le seul Etat africain à reconnaître explicitement des droits aux homosexuel-le-s.

b) Homosexualités, identité de genre et droit d’asile

Fuir la persécution fondée sur l’orientation sexuelle, l’identité sexuelle ou l’expression de genre La crainte d’être persécuté.e en raison de notre orientation sexuelle, identité sexuelle ou expression de genre, peut accorder le droit de demander le statut de réfugié.e au sens de la loi internationale (Convention de Genève de 1951). Des dizaines de pays accordent l’asile à ceux qui sont déjà dans leurs frontières “les pays d’asile”. Dans d’autres pays qui ne disposent pas de systèmes d’asile nationaux, “pays de transit”, il est possible d’y rester temporairement.

En France, une seule association > l’Ardhis : Le collectif Homos sans papiers né en 1998 est devenu l’Association pour la reconnaissance du droit des personnes homosexuelles et transsexuelles à l’immigration et au séjour (Ardhis) qui s’occupe de « reconnaître les droits au séjour et à l’asile des personnes homosexuelles et transsexuelles étrangères, que ces droits soient fondés sur l’existence d’une vie en couple avec des ressortissants français ou avec des Etrangers résidant de manière durable en France, ou bien sur la protection demandée au motif des persécutions que ces personnes ont subies ou risquent de subir dans leur pays du fait de leur orientation sexuelle ou de genre » .

Le PaCs et la question du droit au séjour : Deux circulaires (2004 et 2007) encadrent la demande de titre de séjour des couples binationaux pacsés. La demande de titre de séjour vie privée et familiale (VPF) peut en effet « être ouverte aux demandeurs pacsés pouvant justifier d’une relation stable sur le territoire, que le partenaire soit français, citoyen de l’Union européenne (UE) ou étranger titulaire d’une carte de séjour en cours de validité » mais « le couple doit justifier d’une durée de vie commune minimale d’un an en France et/ou en partie à l’étranger et, pour l’étranger-e, d’un an de présence sur le territoire ». A noter qu’il s’agit toutefois que d’une circulaire et non d’une loi.

Les difficultés d’obtention de visa pour les mariages binationaux de couple de même sexe :
L’article 171-9 du Code civil permet aux couples de même sexe composés d’un.e Français.e et d’une personne d’une autre nationalité de venir se marier en France. Néanmoins, la personne non-Française doit pouvoir bénéficier d’un visa pour se rendre en France, or il s’avère que les couples concernés affrontent «souvent» des refus de la part des autorités diplomatiques et consulaires et se trouvent donc dans l’impossibilité de se marier.

c) Penser la diversité des Familles

Les débats qu’on suscités le PaCs et l’ouverture du mariage pour tous témoignent bien de cette forme de racisme sexuel tel que Didier Eribon le définit, un racisme « spécifiquement sexuel, qui refuse de considérer l’amour pour le même sexe comme équivalent à l’amour pour l’autre sexe »

Vers la reconnaissance juridique des couples de même sexe : Le PaCS en question : Le PaCS a été adopté à la suite d’un processus politique qui a duré près de dix ans et ne règle que le rapport conjugal, toutes les questions relatives à la filiation (autorité parentale, adoption, assistance médicale à la procréation mais aussi l’accès à la nationalité), relevant du droit communun. Une orientation qu’a tenu à rappeler le Conseil constitutionnel le 9 novembre 1999 en mentionnant que le PaCs n’avait aucune incidence sur la filiation98. Néanmoins, « le débat public
autour du Pacte Civil de Solidarité aura eu le mérite de remettre en cause l’évidence de notre définition du mariage, et même de la famille »99 puisque ce contrat se trouve « à l’intersection de deux lignes d’évolution » : la « politique de l’homosexualité et politique de la famille ». La loi sur le PaCS était donc une avancée notable pour les droits LGBT-QI mais comptait aussi bon nombre de droits limités (en termes de filiation, de nationalité ou de regroupement familial)

La question de l’ouverture du mariage civil aux personnes de même sexe : Cette question a surgi sur la scène politique française en mars 2004, suite à la publication du « Manifeste pour l’égalité des droits » mais la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe ne fut finalement votée qu’en mai 2013.

Les effets de la loi n°2013-404 du 17 mai 2013 : Outre la reconnaissance de l’existence sociale des femmes hors mariages hétérosexuels, c’est aussi la possibilité pour les couples homosexuels d’adopter, la PMA n’étant pas ouverte, en France, aux couples de femmes. Néanmoins, on peut noter que plusieurs tribunaux ont déjà validé les adoptions, par la conjointe de la mère biologique, d’enfants né.e.s par PMA effectuées à l’étranger.

Avant et après le mariage pour tous: Les mères que l’on peut appeler non statutaires, bénéficiaient donc seulement d’une reconnaissance sociale mais sans statut juridique, c’est-à-dire sans reconnaissance officielle. En ouvrant l’adoption à tous les couples, les nombreuses lesbiennes ayant fait les démarches pour faire une PMA à l’étranger peuvent donc désormais prétendre à l’adoption de leur enfant non biologique en France. (La Cour de cassation a en effet confirmé en septembre 2014, la légalité de la PMA à l’étranger). Cela permet de donner au second parent, une reconnaissance officielle vis-à-vis de l’enfant mais constitue aussi et surtout une protection pour l’enfant en cas de décès de la mère biologique.

Le Mariage pour Tous et ses conséquences en termes de filiations : Seule l’adoption a été rendue possible à tous les couples suite au vote de la loi de 2013. La PMA reste encore interdite aux couples de femmes et aux célibataires (elle n’est donc autorisée que pour les couples hétérosexuels) et la gestation pour autrui (GPA) est interdite en France. (Elle est néanmoins autorisée dans certains pays : États-Unis, Inde ou Ukraine par exemple).

–> En juin 2017, le Comité d’Ethique a rendu un avis favorable pour la PMA en faveur des femmes célibataires et/ou des lesbiennes. A voir si le président Emmanuel Macron va entériner la décision.

Détours européens pour penser les filiations : Ces problématiques s’inscrivent dans un cadre qui dépasse le seul cadre national. Les pays scandinaves furent les premiers à « reconnaître la légalité des couples de même sexe : 1989 au Danemark, suivi par la Suède et la Norvège. L’Islande fait de même en 1997, octroyant même le droit d’adopter l’enfant du conjoint. Puis, la France adopte le Pacte d’action civile et de solidarité (PACS) en octobre 1999, qui confère des droits limités aux couples de même sexe, de même que l’Allemagne en 2001. En 2002, les Pays-Bas font office d’avant-garde en autorisant les homosexuels à se marier et à adopter des enfants. La Belgique accepte le mariage homosexuel en 2003 et l’adoption en 2006 »

Les droits de l’enfant : Les études disponibles (voir par exemple : Cadoret, 2002 ; Duccousso-Lacaze, 2005 ; Golombok, 2002 ; Nadaud, 2002 ; Roudinesco, 2002) soulignent que « les enfants élevé.e.s par un couple d’homosexuels/les ne vont ni mieux ni moins bien que ceux ayant un père et une mère, voire un seul parent ». Une manière de réaffirmer « que la différence des sexes soit nécessaire à la reproduction ne l’institue pas comme le double principe de la filiation ». A ce sujet, on peut aussi faire un détour anthropologique pour souligner que l’adoption romaine requérait simplement d’être un citoyen mâle et pleinement capable pour adopter.

La principale association française pour les parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL) a son siège à Paris mais regroupe 17 antennes régionales pour la France métropolitaine, les DOM, les TOM et les adhérents résidant à l’étranger.

Liste blanche de soignant.e.s féministes : Un site (Gyn&Co) recense des soignant.e.s (gynécologues, médecins généralistes et/ou de sages-femmes) pratiquant des actes gynécologiques avec une approche plutôt féministe (c’est-à-dire sans pratiques sexistes, lesbophobes, transphobes, putophobes, racistes, classistes, validistes, etc.

4. Les sexualités alternatives « sous le regard des Dieux » : religions monothéistes et homosexualités #LGBTQI

a) Le catholicisme

En ce qui concerne le catholicisme, des condamnations sont explicitement notifiées à l’encontre de l’homosexualité, du moins masculine, dans l’Ancien Testament et dans l’Epître de saint Paul. La doctrine du Vatican s’en réfère de manière constance dans le but de refuser toute avancée des droits des homosexuel-le-s. Néanmoins, on retrouve très souvent cette dissociation entre « personnes homosexuelles » et « actes homosexuels », une manière de réaffirmer que les homosexuel-le-s ont ou peuvent avoir des pratiques avec des personnes de même sexe, mais doivent surtout les cacher et les taire.

b) Le protestantisme

La religion protestante est paradoxale au sens ou elle est née d’un schisme emprunt de puritanisme (le clergé catholique romain est accusé de sodomie et de débauche par Calvin et Luther) et a longtemps prônée une virulente morale antigay mais en même temps, « l’absence d’autorité suprême [et] la multiplicité des cultes lui a permis de devenir l’une des religions les plus ouvertes sur la questions homosexuelles » (ex : les Pays Bas ou scandinaves ont été les premiers à offrir un statut légal aux couples homosexuels)

c) Le judaïsme

L’Ancien Testament contient plusieurs condamnations de l’homosexualité, s’ajoute à cela « la destruction de Sodome et Gomorrhe par un Dieu punissant les moeurs corrompues de leurs habitants,». Le Lévitique stipule explicitement en direction des hommes « tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme » (Lévitique 20, 13) […]. Ce qui est ironique, c’est qu’il interdit aussi au même titre la consommation de crevette (« God hates shrimp »). Il faut souligner que deux autres textes fondateurs de la religion juive menacent aussi les homosexuels de lapidation ou de mise à mort : La Mishna et le Talmud. Toutefois, ces prescriptions ne sont censées contraindre que les juifs.

d) L’islam

Alors que le Coran est relativement muet sur l’homosexualité (et la peine n’est pas précisée), ses interprétations considèrent, elles, « le désir entre hommes comme une abomination à punir par la lapidation, le fouet, le bannissement ou la mort ». De plus, c’est surtout l’hétérosexualité hors mariage qui est présentée comme plus grave que la sexualité entre hommes. De plus, « le recueil de Hadith qui complète le Coran, condamne la sodomie entre hommes, mais ni la fellation, ni la masturbation réciproque, ni les contacts entre femmes »

e) Le Bouddhisme

De toutes les religions monothéistes, le bouddhisme est certainement celle qui aborde le moins, dans ses textes de référence, la question homosexuelle. D’ailleurs, « le bouddhisme et les cultures qui en sont issues ont toujours fait montre d’une certaine tolérance envers les homosexualités » (C.Hamel)

Ce détour par les religions nous permet donc de mettre en évidence le fait que les grands textes religieux mentionnent très rarement la sexualité entre femmes (alors qu’au contraire, ils sont assez clairs sur la question des rapports entre hommes) et, lorsqu’ils la condamnent, c’est sous une forme beaucoup plus atténuée111. A l’instar de la pénalisation juridique des homosexualités encore en vigueur dans de nombreux pays, il semble donc que les grandes religions monothéistes ne considèrent ses préceptes moraux et « ses déviances » que sous le prisme de la sexualité des hommes. Une manière de signifier au monde social, l’absence physique, politique et sociale des femmes en général et des lesbiennes en particulier. Une invisibilité qui concerne d’ailleurs tout autant les transidentitaires.

–> Les références citées dans cette partie consacrée aux religions – sauf mention contraire- proviennent exclusivement de l’ouvrage de Didier Roth-Bettoni, L’homosexualité aujourd’hui, Ed. Milan, 2008, p.12, 13, 110 et de Christelle Hamel, « Islam », Dictionnaire de l’homophobie, Paris, PUF, 2003


Notes et références

Dictionnaires:
 Christelle Hamel, « Islam », Dictionnaire de l’homophobie, Paris, PUF, 2003
 Olivier Nay (Dir.), Lexique de Science politique, Dalloz, 2014

Ouvrages:
 Stéphanie Arc, Les Lesbiennes, coll. « Idées reçues », éd. du Cavalier bleu, 2006
 L.Bereni, S. Chauvin, A.Jaunait, A.Revillard, Introduction aux études sur le genre, Coll : Ouvertures politiques, Ed. De Boeck, 2012
 Didier Roth-Bettoni, L’homosexualité aujourd’hui, Ed.Milan, 2008, p.14 / 15
 Daniel Borrillo, L’homophobie, Paris, PUF, coll. « Que sais-je », 2000
 S.Chauvin et A.Lerch, Sociologie de l’homosexualité, Edition La Découverte, Coll. « Repères », mai 2013 p. 9
 Eribon Didier, Réflexions sur la question gay, Paris, Flammarion, coll. « Champs Essais », 2012  Eric Fassin, l’inversion de la question homosexuelle, édition Amsterdam, 2008  Michel Foucault, Histoire de la sexualité, t. I, La volonté de savoir, Gallimard, coll. TEL, 1976.  Gonzague de Larocque, Les homosexuels, éds Le Cavalier Bleu, coll. « idées reçues », 2003
 Françoise Héritier, l’Exercice de la parenté, Ed. de l’EHESS, 1981
 Philippe Lefebvre et Viviane de Montalembert, un homme, une femme et Dieu, Cerf, 2007  Pauline Londeix, Le manifeste lesbien, l’Altiplano, 2008

Articles de revues:
 Marie-Hélène Bourcier, Cinquante nuances de genres (et de sexes) ou plus ? Les genres en action entre karaoké de la différence sexuelle ou politique multisexgenrées, non daté
 Christophe Broqua,, « Une découverte scientifique récente : l’homosexualité en Afrique », in Cazier J.-P. (dir.). L’objet homosexuel : études, constructions, critiques. Mons, Sils Maria : 87-97. (2009).

 Baptiste Coulmont, Jeux d’interdits ? Religion et homosexualité, Archives de sciences sociales des religions, n°136, 2006

 Line Chamberland and Julie Théroux-Séguin, « Sexualité lesbienne et catégories de genre », Genre, sexualité & société, 2009
 Virginie Descoutures,« Les « mères non statutaires » dans les couples lesbiens qui élèvent des enfants », Dialogue, 2006/3 n173, p.71-80
 Jules Falquet, « Rompre le tabou de l’hétérosexualité, en finir avec la différence des sexes : les apports du lesbianisme comme mouvement social et théorie politique », Genre, sexualité & société 2009
 Charles Guéboguo. “Mobilisations transnationales des communautés homosexuelles en Afrique: Une affaire à suivre.” Anthropologie et Sociétés 32 (2008)
 Jean-Yves Le Talec, « Sortir des placards de la République : Visages de l’homosexualité dans le monde politique français », L’Homme et la société 3/ 2013 (n° 189-190), p. 123-144
 LexisNexis, Droit de la famille n°4,. Droit de la famille n°4, Avril 2000
 Philippe Liotard, Ferez Sylvain, « Lesbiens, gays, bi et trans : des corps et des jeux », Corps 1/ 2007 (n° 2), p. 61-66
 Caroline Mécary, « Homosexualité, mariage et filiation : où en sommes-nous ? », Informations sociales 5/ 2008 (n° 149), p. 136-149
 Florence Ostier et al., « Couples de même sexe : que dit la loi ? », Plein droit, 2012/4 n° 95, p. 11-14
 Anne-Claire Rebreyend. “Comment écrire l’histoire des sexualités au xxe siècle ?, Bilan historiographique comparé français/anglo-américain.” Clio, no. 22 (2005)
 Gayle S Rubin,. “Les sciences sociales à la découverte de l’homosexualité.” Translated by Christophe Broqua. Genre, sexualité & société, no. Hors-série n° 1 (2011)  Kristen Schilt et Laurel Westbrook, « Doing Gender, Doing Heteronormativity: ‘Gender Normals,’ Transgender People, and the Social Maintenance of Heterosexuality », Gender & Society, vol. 23, no 4, août 2009, p. 440–464 [461]
 Régis Schlagdenhauffen, « La place du genre dans les revendications mémorielles gays et lesbiennes », Sociologies pratiques, 2014/2 n° 29, p. 51-61
 Florence Tamagne, “Genre et homosexualité: De l’influence des stéréotypes homophobes sur les représentations de l’homosexualité.” Vingtième Siècle. Revue d’histoire 75, no. 3 (2002)

Articles de journaux et/ ou magazines :
 AFP, Libération, Première marche transgenre au Bengladesh, 10 novembre 2014
 Anne-Emmanuelle Berger et Michèle Riot-Sarcey, Libération, le 11 juin 2013
 Marie Helène Bourcier, Slate, 17 février 2014 : http://www.slate.fr/culture/83605/52-genre-facebook-definition
 Marie-Hélène Bourcier, Une tournée dans les bars gay du West Village à New York, aux sources du combat pour les droits civiques, Slate, 14 septembre 2014
 Eric Fassin, Le monde, 14 octobre 2000
 Manon Gauthier-Faure, l’Express, Le parcours du combattant des transidentitaires, le 3 septembre 2014
 Anne F. Garréta, Magazine littéraire, « Littérature et homosexualité », décembre 2003

Maelle Le Corre, Vers la création d’un réseau militant LGBT francophone, Yagg, le 12 décembre 2014
 Alejandro Lopez de Miguel, Publico, 24 aout 2014; http://www.publico.es/internacional/mas-diez-lesbianas-son-victimas.html
 Julien Massillon, Visa pour les couples de même sexe: Ça coince au ministère de l’Intérieur, Yagg, 9 octobre 2014
 Auteur.e. non mentionné.e. : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/l-homosexualite-depenalisee-il-y-a-25-ans_465897.html
 Auteur.e non mentionné.e., Néon Magazine, n°13, Décembre 2013

Rapports :
 Rapport de Claire Corrion pour le Think Tank européen Pour la Solidarité, Collection Workin Paper, quels droits pour les personnes LGBT dans l’Union européenne ?, avril 2012
 Rapport ILGA 2013
 Rapport INPES 2014, Les minorités sexuelles face au risque

Liens web :
 http://www.barbieturix.com/2014/02/12/ou-sont-les-lesbiennes-en-politique/
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Bisexualit%C3%A9
 http://www.sos-homophobie.org/l-homophobie-la-biphobie-la-transphobie-ca-se-manifeste-comment
 http://www.univers-l.com/top-20-series-lesbiennes
 http://ajlgbt.info
 http://ardhis.org/WP3/
 http://www.oraminternational.org/en/programs/376-fuyant-la-persecution-fondee-sur-l-orientation-sexuelle-l-identite-sexuelle-ou-l-expression-de
 http://www.espace-citoyen.be/article/242-la-liberation-homosexuelle-en-europe/Rapports :
 https://gynandco.wordpress.com/a

Emission radiophonique :
 Liza Fabbian, L’Afrique du Sud vient d’ouvrir le don du sang à tous les, RFI, diffusion le 5 juin 2014


Crédits Photos : Queer Paris


 

Armelle Peuvion-Weiss

Grande amatrice de créations sous toutes ses formes ! Je suis partie en 2009 en solo pour faire un grand tour d'Asie et depuis, ma vie a pris des détours étranges que je ne contrôle pas toujours ! Mon but : Être une plateforme créative incluante qui vous donne envie de créer à votre tour !

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